Projet des frères Jacques (voix soliste) et Michel-Georges (claviers) Brégent, la formation Brégent les voit accompagnés d'un guitariste, un bassiste, un batteur-percussionniste et deux joueurs de saxophone. Les textes imprégnés au microsillon « Poussière des regrets » (1972) sont empruntés de poètes, que ce soit des classiques tels Baudelaire et Villon, ou bien des modernes tels Léo Ferré et Nazim Hikmet. Les textes sont récités de façon dramatique, démontrant un dynamisme portant du chuchotement au cri lors de la pièce de douze minutes, « Dieu est nègre ». L'accompagnement musical porte parfois au psychédélisme, muni de passages sombres et gothiques menés par les claviers, mais se prête souvent au jazz grâce au style à Michel-Georges au piano. Cette influence se renforce lorsqu'il se voit escorté des deux saxophonistes, d'un batteur entraînant et d'un bassiste habile au walking bass. De plus, on y voit quelques passages expresssionistes abstraits qui font penser au free jazz. Les jeux de contrastes transforment le tout en expérience unique et créative: un saxophone débile se voit suivi de vers récité sur un fond d'effets sonores doux, se transformant de façon graduelle en harangue accompagné de cacaphonie.

L'histoire ne se reprend qu'à la suite de la formation (ou plutôt, la dissolution) du duo Dionne Brégent. Les frères Brégent se réunissent une fois de plus pour l'album « Partir pour ailleurs » (1979). Malgré la dissolution de l'autre duo, on voit quand même la présence de Vincent Dionne aux percussions. À l'exception d'une pièce écrite en 1977, les compositions musicales viennent tous de la première ère du groupe, entre 1970 et 1972. Les poètes (tels Léo Ferré) se voient toujours bien représentés, mais cette fois-ci leurs travaux côtoient plusieurs textes de Félix Leclerc, chanteur populaire québécois à l'époque. Le fait que cet album ne fut enregistré qu'en 1978 demeure un mystère. De façon globale, il s'agit d'un son davantage orienté vers le rock, portant parfois même une allure funky. Les références progressives des plus évidentes proviennent des claviers à Michel-Georges (y inclus un Orchestron). Les intonations de Jacques sont autant hyperactifs qu'auparavant. Les sections sombres, étranges et atmosphériques sont des plus envoûtantes (une au premier côté rappelle bien la pièce « A Plague of Lighthouse Keepers » du groupe britannique Van der Graaf Generator). La pièce « Liberté » mérite également d'être mentionnée, se munissant d'une chorale et se rapprochant du domaine avant-prog (comme U Totem) à travers les chants qui en résultent. Bref, l'auditeur néophyte ne devrait pas laisser ses impressions initiales le décourager de poursuivre l'écoute de ce disque qui révèle ses délices, petit à petit, lors de plusieurs essais. Michel-Georges Brégent se tournerait ensuite au domaine moderne classique/électroacoustique (produisant, entre autres, la composition « Atlantide », une demi-heure magnifique), avant de décéder en 1993.

Brégent was formed around two brothers, vocalist Jacques and keyboardist Michel-Georges Brégent, with a backing band of guitar, bass, drums/percussion and two saxophone players. All the words for their 1972 album "Poussière des regrets" (RCA Victor PCS-4021) come from poets; older classics like Baudelaire and Villon, or 20th Century poets like Léo Ferré and Nazim Hikmet. The vocals are delivered in dramatic fashion, going from urgent whispering to screaming in the climax of the twelve-minute "Dieu est nègre". The backing music is sometimes psychedelic, with dark, Gothic, keyboard-led passages, but often jazzy as well, in the piano playing, presence of two saxes, swinging drums and walking bass. There are also some breakdowns into abstract expressionism reminiscent of free jazz. Contrast is everything; a freaky saxophone burst dissolves into recited verse backed by soft sound effects, which then builds into ranting backed by cacophonous noise. It's quite a creative and unique experience.

After the formation and dissipation of Dionne Brégent, the Brégent brothers got back together for "Partir pour Ailleurs" (Les Éditions Cam Canada Ltd. CML 2003, 1979). Vincent Dionne is enlisted here on percussion. With the exception of one track from 1977, all music was written between 1970 and 1972. Once more, many of the lyrics are from poets such as Léo Ferré, but a good number are written by Félix Leclerc, a popular singer in Quebec during the 70s. The album was not recorded until 1978; the reason for it being seven years in the making remains a mystery. The music is more rock-oriented, even funky at times. The most obvious prog references come from Michel-Georges's keys (including an Orchestron), while Jacques's vocals are ever hyperactive. The best parts are the dark, freaky, atmospheric sections, with one on side one fairly reminiscent of VdGG's "A Plague of Lighthouse Keepers". Also of note is "Liberté", using a choir of singers and sounding not dissimilar from a lot of avant-prog (think U Totem) in the vocal department. In conclusion, a grower that defies initial impressions. Michel-Georges Brégent went on to compose in the modern classical/electro-acoustic realm, including an excellent half-hour piece called "Atlantide", before passing away in 1993.